Dosage du Roundup et du glyphosate : comprendre les concentrations avant de remplir 1, 5 ou 10 litres d’eau
Le sujet du dosage du Roundup et du glyphosate a un côté très concret : un pulvérisateur, de l’eau, un bidon, et l’envie d’obtenir un résultat net sans gaspillage. Pourtant, c’est souvent là que les erreurs se glissent… parce que « Roundup » ne veut pas dire une seule et même concentration. Selon les gammes (grand public ou professionnelles) et selon les formulations (classique, pro, max, etc.), la quantité de glyphosate par litre de produit change fortement, et donc le volume à verser dans l’eau aussi.
Une règle simple aide à éviter les approximations : plus le concentré est riche en glyphosate, plus la dose en millilitres diminue. Autrement dit, verser « au pif » parce que ça a marché une fois, c’est prendre le risque soit de sous-doser (et de revoir la même jungle deux semaines plus tard), soit de surdoser (et de multiplier les impacts inutiles).
Pour garder un fil conducteur, imaginons un cas fréquent : une petite exploitation maraîchère autorisée, « Les Jardins du Coteau », qui prépare ses mélanges au pulvérisateur dorsal. Le responsable a deux contraintes : tenir un résultat sur une allée envahie et maîtriser le coût au traitement. Il ne cherche pas une solution “plus forte”, il cherche la bonne.
Pourquoi un même “Roundup” n’a pas le même dosage selon la formulation
Les produits à base de glyphosate se distinguent d’abord par leur concentration. Certaines formulations dites « Pro » affichent des pourcentages élevés (36%, 47,3%), tandis que d’autres annoncent des valeurs en g/L (450 g/L, 500 g/L). Le principe reste identique : la quantité de matière active disponible dans le concentré dicte la dilution.
Il existe aussi des formulations avec des adjuvants (tensioactifs, agents de pénétration) qui améliorent l’étalement ou l’absorption. Cela ne change pas la règle de base (l’étiquette reste la référence), mais ça explique pourquoi, à dose comparable, un produit peut sembler « plus rapide » ou « plus régulier » sur feuillage difficile.
Professionnels uniquement : un rappel indispensable ⚠️
En France, l’achat, la détention et l’usage de glyphosate par les particuliers sont interdits depuis 2019. Les informations ci-dessous sont donc à lire comme un repère de calcul et de méthode pour des professionnels autorisés, qui travaillent avec des produits et des conditions d’emploi encadrés.
La suite va justement passer du “pourquoi” au “combien”, avec un tableau clair pour 1, 5 et 10 litres d’eau, puis des conseils de terrain pour éviter les ratés au mélange.
Tableau de dilution Roundup : dosages pour 1, 5 et 10 litres d’eau selon les mauvaises herbes 🌿
Le tableau ci-dessous reprend des repères de dilution couramment rencontrés selon plusieurs formulations évoquées dans les pratiques professionnelles. Le point clé : les doses varient selon la végétation. Une adventice annuelle jeune (tendre, en pleine croissance) ne réclame pas la même intensité qu’une vivace installée (chiendent, liseron) ou qu’un ligneux (ronce).
Pour “Les Jardins du Coteau”, la décision se fait en deux questions simples : la plante repart-elle de la racine ? et la zone est-elle dense ? Si la réponse est oui, il faut se caler sur la colonne “vivaces/ligneux”, sinon “désherbage général”. Ce choix évite de traiter trop fort une zone facile… ou trop faiblement une zone coriace.
| Produit / concentration | Type de cible | 1 L d’eau 💧 | 5 L d’eau 🧴 | 10 L d’eau 🪣 |
|---|---|---|---|---|
| Roundup Classique (≈ 7,2 g/L glyphosate) | Annelles / désherbage général 🌱 | 20–30 ml | 100–150 ml | 200–300 ml |
| Roundup Classique (≈ 7,2 g/L glyphosate) | Vivaces + ligneux 🌿🪵 | 40–60 ml | 200–300 ml | 400–600 ml |
| Roundup Pro (36% glyphosate) | Annelles / désherbage général 🌱 | 3–4 ml | 15–20 ml | 30–40 ml |
| Roundup Pro (36% glyphosate) | Vivaces + ligneux 🌿🪵 | 6–8 ml | 30–40 ml | 60–80 ml |
| Roundup Max II (47,3% glyphosate) | Annelles / désherbage général 🌱 | 2–3 ml | 10–15 ml | 20–30 ml |
| Roundup Max II (47,3% glyphosate) | Vivaces + ligneux 🌿🪵 | 4–6 ml | 20–30 ml | 40–60 ml |
Deux formulations souvent rencontrées en pro s’expriment aussi en “g/L” et se calculent facilement. Pour un glyphosate 360 g/L, un repère de base très utilisé est 10 ml de produit par litre d’eau, soit 50 ml pour 5 L et 100 ml pour 10 L. Pour un glyphosate 720 g/L, la logique est de diviser par deux : 5 ml/L, donc 25 ml pour 5 L et 50 ml pour 10 L.
Ce repère ne remplace pas l’étiquette, mais il sert de “garde-fou” quand il faut vérifier rapidement si la préparation reste cohérente. La prochaine étape, c’est de savoir comment mélanger et appliquer pour que ces chiffres produisent réellement l’effet attendu.
Pour visualiser les gestes et le réglage du matériel, une démonstration vidéo vaut souvent mieux qu’un long discours.
Préparer la bouillie glyphosate sans erreur : méthode de mélange, qualité de l’eau et ordre d’incorporation ✅
Une dilution juste sur le papier peut devenir mauvaise sur le terrain si le mélange est bâclé. Le glyphosate réagit à des paramètres très concrets : la dureté de l’eau, le pH, la présence de particules (argile, limon), et l’ordre dans lequel les composants sont versés. Les équipes qui traitent régulièrement le savent : la réussite se joue autant dans le bidon doseur que dans la buse.
Dans l’exemple des « Jardins du Coteau », une même dose donnait des résultats variables selon les parcelles. La cause n’était pas “la chance” : l’eau provenait de deux sources différentes. L’une était plutôt douce, l’autre plus calcaire. Une fois l’eau testée, le constat était limpide : le mélange préparé avec une eau trop alcaline “tenait” moins bien sur certaines adventices. Après correction, la régularité est revenue.
Qualité de l’eau : pH et dureté, les deux ennemis invisibles
Idéalement, le pH de l’eau de mélange se situe autour de 5 à 6. Une eau au-delà de 7 peut réduire l’efficacité en freinant l’absorption. Quand l’eau est dure (calcaire), certaines interactions peuvent aussi pénaliser le résultat. Dans ces cas-là, un correcteur de pH ou un adjuvant adapté (selon autorisation et étiquette) aide à stabiliser la solution.
Sur le terrain, un test pH coûte peu et évite de traiter deux fois. Une fois qu’une eau “fonctionne”, garder la même source pour les passages importants est une habitude simple… et rentable.
Ordre de mélange : la routine qui évite la mousse et les erreurs
La préparation la plus propre suit une séquence facile à répéter :
- 🪣 Remplir à 70–75% le réservoir avec de l’eau
- 🧪 Ajouter l’éventuel adjuvant (si prévu et autorisé) avant le concentré
- 🧴 Verser le Roundup / glyphosate en dernier à la dose calculée
- 🔄 Compléter au volume final, puis agiter franchement
- ⏱️ Remuer de temps en temps pendant l’application pour éviter le déphasage
Ce petit rituel limite la mousse et garantit une concentration uniforme. À l’inverse, verser le concentré dans un pulvérisateur déjà plein favorise les zones mal mélangées, avec à la clé des bandes “oubliées” et des retouches.
Agitation et délai : une solution qui ne doit pas traîner
Les solutions diluées perdent en intérêt si elles restent trop longtemps au repos. Une bonne pratique consiste à utiliser la bouillie dans la journée, idéalement dans les 24 heures. L’agitation régulière évite aussi qu’une partie de la matière active “reste derrière” au fond du réservoir.
Une fois la préparation maîtrisée, l’efficacité dépend surtout de l’application : météo, taille des gouttes, pression, et couverture. C’est précisément l’objet de la section suivante.
Pour compléter la technique de mélange avec une approche plus “matériel et réglages”, voici une autre recherche vidéo utile.
Application du Roundup et du glyphosate : météo, pression, buses et couverture uniforme pour 1, 5 ou 10 L
Un traitement réussit rarement “par hasard”. Même avec le bon dosage, l’application doit permettre au produit d’atteindre la feuille, d’y rester, puis d’être absorbé. Les conditions idéales sont connues et faciles à retenir : 15 à 25°C, un vent modéré (en dessous de 15 km/h), et pas de pluie annoncée dans les 6 heures suivant le passage. Pourquoi ces repères ? Parce que le glyphosate agit par absorption foliaire puis circulation interne : si la pluie lessive trop vite, ou si la plante “tourne au ralenti” à cause du froid, l’efficacité plonge.
Sur une exploitation, un exemple parle toujours : une bordure traitée juste avant une averse donne un résultat inégal, avec des touffes qui repartent et obligent à repasser. Au final, ce n’est pas seulement une question d’agronomie : c’est du temps, du carburant, et un chantier qui s’étire.
Réglages pulvérisateur : pression et taille de gouttelettes 🎯
Une pulvérisation uniforme se construit avec des réglages simples : une pression autour de 2 à 4 bars et des gouttelettes moyennes, souvent dans une plage de 200 à 300 microns. Trop fin, et le vent emporte. Trop gros, et ça ruisselle, donc ça perd en efficacité et augmente le risque de transfert au sol.
Le bon équilibre, c’est une feuille “mouillée” sans dégouliner. Une astuce de terrain consiste à tester sur quelques mètres : si des gouttes coulent le long des feuilles, le débit est trop élevé ou l’allure trop lente.
Gestion de la dérive : protéger ce qui ne doit pas être touché ⚠️
La dérive est l’un des plus gros pièges : haies, cultures voisines, jeunes plants, bandes fleuries… Une brise suffit à déplacer des gouttelettes, surtout si elles sont fines. Les bonnes pratiques consistent à travailler aux heures calmes, à utiliser des buses adaptées, et à éviter les zones sensibles (cours d’eau, fossés) sans protections réglementaires.
Dans l’histoire des « Jardins du Coteau », une seule erreur a marqué les esprits : un passage trop près d’une zone de jeunes aromatiques. Résultat : des feuilles brûlées, de la perte commerciale, et une leçon simple : la précision vaut mieux que la puissance.
Roundup Flash Plus et Ultimate : dosages exprimés en L/ha
Certaines formulations professionnelles comme Roundup Flash Plus (450 g/L glyphosate acide, 34,5% m/m) ou Roundup Ultimate (500 g/L glyphosate acide, 37,4% m/m) sont souvent pilotées par des recommandations en L/ha. On rencontre par exemple des plages d’emploi autour de 1 à 6,4 L/ha (Flash Plus) et 0,9 à 5,8 L/ha (Ultimate) selon stades et types de végétation.
Dans ce cas, la logique change : il faut d’abord connaître le volume d’eau/ha du pulvérisateur, puis convertir en volume total pour la surface. Exemple concret : une rampe réglée à 300 L/ha sur 0,5 ha nécessite 150 L d’eau. Si l’étiquette indique 2 L/ha, il faut 1 L de produit pour ces 0,5 ha, à incorporer dans les 150 L. Cette gymnastique évite les surdosages “par simplification”.
Avant de parler impacts et sécurité, une idée mérite d’être gardée en tête : un traitement bien appliqué se voit plus à la régularité du dépôt qu’à la quantité versée. Justement, le prochain volet explique ce que coûtent vraiment la surdose et la sous-dose, au champ comme dans l’environnement.
Surdose ou sous-dose de glyphosate : effets sur l’efficacité, résistances et environnement 🌍
Entre surdose et sous-dose, aucune des deux options ne rend service. L’idée “un peu plus pour être tranquille” est tentante, mais elle ne garantit pas un meilleur résultat, surtout si la météo ou la couverture sont mauvaises. À l’inverse, “un peu moins pour économiser” peut coûter plus cher après coup, parce que la végétation repart, et Calendrier de semis personnalise remobiliser du temps et du matériel.
Surdose : phytotoxicité, impacts au sol et risques de transfert
Une surdose peut augmenter les risques de dommages sur les végétaux non ciblés, notamment via dérive ou contact accidentel. Sur des zones proches de cultures sensibles, c’est un danger direct. Sur le plan agronomique, une accumulation inutile de matière active peut aussi perturber la vie du sol, en touchant certains micro-organismes utiles à la dynamique biologique.
Autre point : plus il y a de produit appliqué, plus le risque de ruissellement ou de contamination des eaux augmente, surtout en terrain en pente ou sur sol nu juste avant une pluie. C’est exactement le genre de situation où la discipline de dosage et de fenêtre météo fait la différence.
Sous-dose : repousse, retouches et apparition de résistances
La sous-dose, elle, donne souvent une impression trompeuse : la plante jaunit un peu, semble faiblir, puis repart. Cela oblige à traiter à nouveau, ce qui multiplie les coûts et les passages. Le point le plus problématique reste la sélection d’adventices plus tolérantes, avec un risque de résistances au fil du temps. Quand une espèce “apprend” à encaisser des doses trop faibles, la gestion devient plus complexe, et les solutions se réduisent.
Dans le quotidien, le meilleur indicateur de sous-dosage n’est pas “ça n’a rien fait” : c’est “ça a presque marché”. C’est là qu’un tableau de dilution propre et un bon diagnostic de la cible font gagner une saison entière.
Bonnes pratiques de sécurité : EPI, stockage, nettoyage 🧤
Le glyphosate concentré nécessite une manipulation rigoureuse. Des gants nitrile, des lunettes étanches et un masque filtrant type FFP2 protègent contre les irritations et les expositions accidentelles. Une combinaison et des bottes adaptées complètent l’équipement, surtout lors du dosage et du remplissage.
Le stockage compte aussi : conserver le produit dans son emballage, à l’abri du gel et des fortes chaleurs, limite les dégradations. Enfin, le nettoyage du matériel est un geste “anti-galère” : rincer cuve, buses, filtres et tuyaux empêche les dépôts, protège l’équipement, et évite les contaminations croisées lors d’un traitement ultérieur.
Tout ce cadre rend la dilution plus fiable et l’application plus propre. Et quand les questions pratiques reviennent (elles reviennent toujours), une petite foire aux questions fait gagner du temps.
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Un repère courant en usage professionnel est de viser environ 10 ml de concentré par litre d’eau, soit 50 ml pour 5 L. La dose exacte doit toutefois être ajustée selon la cible (annuelles vs vivaces) et confirmée sur l’étiquette du produit autorisé.
Pourquoi faut-il éviter de traiter s’il pleut dans les 6 heures ?
Le glyphosate a besoin de temps pour être absorbé par les feuilles. Une pluie trop proche peut lessiver le dépôt avant absorption, entraînant un contrôle incomplet et des repousses, donc des passages supplémentaires.
Quelle est la meilleure façon de mélanger pour éviter la mousse et une dilution irrégulière ?
Remplir le pulvérisateur à 70–75% d’eau, ajouter les adjuvants éventuels (si autorisés), puis verser le produit en dernier. Compléter au volume final et agiter, puis remuer périodiquement pendant l’application pour garder une concentration homogène.
Comment savoir si le problème vient du dosage ou des conditions d’application ?
Si les plantes jaunissent légèrement puis repartent, c’est souvent un mélange de sous-dosage, de couverture insuffisante (gouttes trop grosses ou passage trop rapide) ou de fenêtre météo défavorable (froid, sécheresse, pluie trop proche). Une vérification de la pression (2–4 bars), de la taille de gouttes (200–300 microns) et du vent (faible) permet souvent de trancher.

Nathan Gros, redacteur en chef et fondateur, jardinier-cuisinier autodidacte passe par plusieurs fermes maraichières bio en formation continue. Specialiste des arbres fruitiers anciens et amateur de conserves longue duree, il publie chaque semaine recette saisonniere, fiche technique potager ou portrait de producteur engage.
